L’AUDACIEUX. QUAND LA PROXIMITÉ C’EST LA SOLUTION

Dans un monde globalisé, on a besoin des projets de revalorisation de la proximité. Il y a trois ans a commencé la publication du magazine « L’Audacieux » pour mettre en valeur le réseau des solutions locales dans le département de l’Aude. Nous parlons avec Aurélien Culat, son directeur éditorial.

1.- Pourquoi vous avez pensé à la publication d’un magazine comme « L’Audacieux » ?

AURÉLIEN CULAT.-Je suis journaliste de solutions depuis une quinzaine d’années, mais je travaillais exclusivement pour la presse nationale. Je faisais beaucoup d’articles sur les initiatives qui se passent près de chez moi, quand un jour je me suis rendu compte que j’avais assez de « matière », assez d’histoires de solutions pour créer un média local.

2.- Comment vous pouvez définir les « solutions locales » ? Surtout dans un monde globalisé comme nous avons parlé. Quelles sont les valeurs du magazine ?

A.C.- Le journalisme de solutions existe depuis plus de vingt ans mais il commence à peine à se démocratiser. Il a été théorisé dans plusieurs ouvrages et beaucoup de journalistes le mettent en œuvre. Il s’agit de traiter les problèmes du monde par l’angle des solutions. Dans mon cas, il s’agit de montrer comment des citoyens, des associations ou des collectivités locales essayent de résoudre les défis de notre territoire. Je me penche uniquement sur les solutions « locales » parce que ce qui m’intéresse, c’est la manière dont les habitants d’un territoire répondent à une problématique de leur vie de tous les jours. Mais en fait, ces solutions sont souvent universalisables.

3.- Quelles sont les problèmes et les initiatives dont vous parlez dans le magazine ? Vous donnez la parole à la société civile, surtout en référence à la transition écologique, la nature, la culture, la solidarité, … 

A.C- Le sud de l’Aude, le département où je vis, est typique d’un territoire frappé par la mondialisation et les politiques libérales. Les usines ont été délocalisées en Asie ou en Europe de l’Est, les services publics sont en retrait, les habitants ont l’impression d’être abandonnés. C’est un désert médical, où les transports publics ont presque disparu, où il y a peu d’emploi, beaucoup de pauvreté, et où la population vieillit. Comme beaucoup de territoires ruraux en France. Alors les habitants s’organisent pour répondre à ces problèmes. Avec des coopératives pour faciliter le travail des petits agriculteurs, des magasins gratuits pour échanger sans argent, des véhicules partagés, des actions culturelles pour faire communiquer les générations, des stages sur les plantes sauvages comestibles, des petits marchés de producteurs, des ateliers low-tech…

4.- Quelle est votre opinion sur la situation du change climatique ? Vous pensez que vraiment la population a pris conscience de ce problème mondial ?

A.C.- Je pense que le problème est trop grand pour que tout le monde l’accepte. En tant que citoyens, nous ne pouvons presque rien y faire, c’est très angoissant. Je comprends pourquoi certains préfèrent ne pas regarder le problème, parce que c’est très dur de continuer notre vie tout en sachant le danger. Mais pour moi, le problème le plus imminent, et sur lequel nous avons une prise directe, c’est l’effondrement de la biodiversité. La sixième extinction de masse, provoquée par les humains. À notre échelle, nous pouvons faire quelque chose pour préserver les espaces naturels, pour éliminer l’usage de pesticides, et la nature revient très vite. C’est ce que je mets en avant dans le magazine. Si nous arrêtons le brûler du pétrole aujourd’hui, le climat va continuer à se réchauffer pendant 30 ans, mais si nous arrêtons d’attaquer le Vivant autour de nous, il revient au bout de quelques jours. On l’a vu pendant le confinement en 2020.

5.- Vous êtes en train de publier le deuxième numéro de « L’Audacieux ». Comment était la réponse du public avec le premier numéro?

A.C.- Nous avons eu des super retours ! Les habitants du territoire sont très bienveillants avec ce magazine, on voit que ça leur fait du bien de lire des bonnes nouvelles ! Pour le numéro 2, nous avons multiplié par deux le nombre d’exemplaires imprimés et nous essayons de couvrir tout le département de l’Aude.

6.- Si on visite quelque librairie, les journaux parlent d’habitude de mauvaises nouvelles. « L’Audacieux » a peut-être une volonté de montrer avec d’optimisme que la société civile, comme un réseau de volontés, peut solutionner les défis du change climatique et des autres problèmes ? 

A.C- C’est exactement ça. Nous voulons donner des outils aux habitants pour résoudre les problèmes qu’ils rencontrent. Le but est de donner aux citoyens une capacité d’agir. J’assume, en tant que journaliste, d’avoir une responsabilité, et je veux améliorer le monde dans lequel je vis.

7.- Comment est-ce qu’on peut acquérir « L’Audacieux » ?

A.C- Sur le site Internet www.audacieux.solutions, ou bien dans les petits commerces de l’Aude.

8.- L’Aude c’est aussi un département avec une grande histoire, une grande richesse naturelle. Pour nos lecteurs qui n’ont pas visité encore l’Aude, pouvez-vous leur donner quelques motifs pour le visiter ?

A.C.- C’est un département avec une grande diversité de paysages. Il y a la mer, la montagne, les plaines, les collines, la garrigue… C’est l’un des deux départements français avec le plus de biodiversité, nous avons un véritable trésor naturel. Et c’est aussi une histoire riche car c’est un territoire-frontière, avec des coins difficiles d’accès, qui a toujours accueilli les opprimés. Les hérétiques chrétiens ont trouvé refuge dans ses chateaux au XIIe siècle (on peut encore visiter ces merveilles). Les habitants ont accueillis les réfugiés espagnols en 1936 et cachés les résistants aux nazis pendant la guerre. Les villages de Montolieu et Lagrasse ou la Cité de Carcassonne sont des joyaux, mais dans chaque village il y a de la beauté et une histoire à raconter.

9.- Vous avez été membre fondateur du RIHVA et de la monnaie locale le SouRiant. Vous pouvez nous parler de cette association de l’Haute Vallée de l’Aude et de ce projet de la monnaie ?

A.C.- Le Réseau des Initiatives de la Haute-Vallée de l’Aude est né de rencontres informelles de citoyens actifs dans la Transition. C’est un outil que nous avons créé pour relier les membres actifs de la Transition mais aussi pour porter plusieurs projets : des soirées de financement participatif, une banque de semences paysannes, une Fête des Plantes Sauvages, une cuisine mobile partagée pour les associations, un agenda interactif…

La monnaie locale est un autre outil pour accélérer la Transition locale : elle met en lien des consommateurs conscients et des professionnels vertueux, et permet de stocker de la richesse sur le territoire. Je ne m’investis plus directement dans son organisation mais j’en parle maintenant dans L’Audacieux !

10.- Vous collaborez aussi avec quelques autres médias, comme la Radio Chrétienne Francophone (RCF). Comment est la santé des médias de proximité à l’Aude, et en Occitanie ?

A.C.- Elle est très faible, malheureusement. Comme les habitants achètent de mois en moins de journaux, ceux-ci n’ont plus les moyens de faire du bon travail. Les quotidiens locaux ont tous été rachetés par la même personne, et maintenant ils produisent tous la même information. Chez moi il y a trois journaux différents sur la couverture mais quand on les ouvre, ce sont les mêmes articles ! Heureusement qu’il y a les radios associatives locales, qui font entendre une autre voix. En ville, à Toulouse et Montpellier, il y a beaucoup de médias indépendants, mais en milieu rural c’est très rare. Nous faisons de la résistance !

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